Written by 19:29 Contributions, Points de vue

Pas d’amalgame soins palliatifs/aide à mourir !

Dr Joël CECCALDI

Mettre ensemble soins palliatifs et aide à mourir sous le même joug législatif, comme l’ont imposé nos députés jusqu’à présent, c’est en effet :

  • Synchroniser deux pratiques que l’éthique prônée par le CCNE voit au contraire se succéder dans un ordre bien déterminé et non réversible : rendre d’abord les soins palliatifs accessibles à tous ceux pour qui c’est un droit depuis la loi du 9/06/1999 ; ouvrir ensuite la possibilité d’une exceptionnelle aide à mourir pour celles et ceux que la mise en œuvre effective d’une démarche palliative éprouvée n’aurait pas suffisamment soulagés.
  • Repousser aux calendes grecques la mise à disposition de soins palliatifs là où il en manque, puisque rien ne poussera dans le sens de leur extension à tous tant que la procédure portant sur le volet de l’aide à mourir ne sera pas parvenue à son terme et finalisée dans une seule loi commune.
  • Accoupler de force deux visions contradictoires d’un bon soin confronté à la mort, laquelle peut être appréhendée soit comme un événement qui se produit et auquel il faut s’adapter au mieux, soit comme un événement que chacun peut produire et adapter à sa convenance.  
  • Contraindre à la cohabitation deux pratiques dont la compatibilité reste à éprouver sur le terrain : un soin à poursuivre tant que la mort ne vient pas rompre le lien indéfectible qu’il suppose ; un soin à interrompre si son destinataire en fait la demande dans les conditions fixées par la loi.

En proposant de dissocier soins palliatifs et aide à mourir dans le cadre de deux lois désormais distinctes, le premier ministre se rapproche de la ligne du CCNE et restaure les conditions d’un climat de la clinique un peu moins tendu entre des professionnels de santé qui sont déjà au bord de la rupture par épuisement. Peut-être redeviendra-t-il alors possible de discuter, non entre conservateurs réactionnaires bêtement contre une aide à mourir et progressistes libéraux obstinément pour, mais entre soignants ouverts à un dialogue apaisé sur la base d’une pluralité des visions du monde et du soin qui soit reconnue et acceptée comme un fait au sein des équipes et des services.

Ce qui — ne soyons pas naïfs — continuera sans doute d’exclure du débat celles et ceux qui resteront crispés sur l’idée qu’il faut à tout prix préserver en la matière une seule option : celle qu’ils défendent dans un entre-soi communautariste étanche, faute de pouvoir l’imposer à tous de gré ou de force ; celle qu’ils promeuvent comme la seule valable pour tous sans exception, qu’il s’agisse de soins palliatifs ou d’aide active à mourir.

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