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POUR UNE DIGNITÉ DIGNE DE L’HOMME

jeudi 23 septembre 2010, par Jacques Faucher

 10. LA DIGNITÉ ENTRE ATTESTATION, APPEL ET INVENTIVITÉ.

Dans l’argumentation bioéthique, la notion de dignité est employée d’une manière qui est loin d’être univoque. B. Cadoré a proposé trois catégories pour interpréter la diversité de ces appels à la dignité : l’attestation, l’appel, l’exercice inventif [41]. Il rappelle qu’il faut désormais les penser en interaction sans renoncer à les hiérarchiser. Parfois on y recourt pour affirmer le caractère intangible d’un être humain dans les états limites du début ou de la fin de la vie. Il s’agit moins de l’affirmation d’un principe (théorique) que de l’attestation d’une rencontre (éthique). La personne est confrontée à une réalité extérieure qui ne demande pas le simple respect d’une valeur. Cette rencontre met en cause la dignité de sa propre existence : « La reconnaissance de la dignité humaine en une existence extérieure à la sienne en appelle au fondement du respect qu’il manifeste à cette altérité perçue en même temps comme semblable et différente » [42] . La personne est convoquée à reconnaître la dignité d’un sujet dans sa commune appartenance à l’espèce humaine.

Dans le cadre du recueil d’un consentement, il est davantage question de la reconnaissance chez tel patient de sa capacité de jugement d’une situation : « Reconnaître la dignité humaine d’un sujet consiste alors à comprendre ce sujet en son autonomie (ici au sens kantien), et à susciter l’exercice de cette dernière » [43]. Il s’agit certes d’attester de la conscience morale qui participe à cette approche de la dignité mais surtout d’en appeler à cette conscience. Il est cependant de nombreux cas où la personne n’est plus en mesure d’exercer son autonomie. Interviennent alors deux autres notions intermédiaires, souvent évoquées, délicates à manier et pourtant inévitables : la “qualité de vie” parfois mise à mal et la “solidarité” qui lie entre eux les humains. Il est fréquent aujourd’hui de recourir à l’appel à la conscience morale pour dénoncer les limites théoriques de l’attestation. Mais il n’y aurait pas d’attestation possible si l’appel à la conscience morale était vain ; et l’appel suppose l’attestation [44]. La philosophie privilégie l’autonomie du sujet agissant et parlant. Mais les tragédies de ce siècle qui ont méconnu la dignité de tout être humain nous alertent sur une dimension de la dignité que cherchaient à atteindre les crimes contre l’humanité.

Une troisième dimension de la dignité concerne la capacité qu’a l’homme « d’instaurer un rapport de connaissance et de transformation du monde, de la réalité qui lui est extérieure, voire de sa propre réalité (ce que la médecine rend de plus en plus possible aujourd’hui) » [45] . Certes, « la dignité est toujours à réinventer, dans l’interaction entre attestation, appel et exercice »  [46] , mais ces trois dimensions doivent être hiérarchisées sans être ni opposées ni séparées.

L’attestation rappelle que chaque humain est insubstituable. Même si nous considérons que la capacité d’autonomie morale n’est pas la condition de reconnaissance de l’attestation, il est nécessaire de reconnaître, dans l’attestation comme dans l’appel, que la dignité de l’entourage est mise en question, « développant ainsi l’affirmation de la capacité d’autonomie morale de l’être humain » [47] . La catégorie de « l’exercice inventif » insiste davantage sur la dynamique de devenir d’une dignité humaine associant inventivité dans le domaine de la connaissance et de la technique et déploiement d’une capacité morale à la hauteur des problèmes éthiques rencontrés.

Si l’attestation peut dériver en dogmatisme (au mauvais sens du terme), et l’appel se perdre en individualisme, l’exercice inventif de la dignité doit toujours se méfier des mirages du conformisme scientiste ou de la loi d’un Surmoi qui se ferait prendre pour un sujet en train d’émerger. Pour la psychanalyse, la loi du Tiers est capitale pour hiérarchiser les instances sans les séparer. La théologie rappelle que tout être humain est digne puisque créé à l’image de Dieu. La DUDH et la CEDH remettent la défense du plus petit au centre du Droit pour que se donne à entendre quelque chose de la loi qui fonde les êtres humains parlants.

La place du principe du respect de la dignité de la personne humaine dans la constitution allemande laisse présager son utilisation toujours plus large. Le fait d’associer un élément matériel impliquant le corps et le souci de différencier « dignité fondamentale » et « dignité actuée » empêche par ailleurs de laisser trop de place au subjectivisme et au relativisme sous couvert de tolérance [48]. Le principe de respect de la dignité pourrait donc devenir un principe communicationnel et matériel de liberté, d’interprétation dans la recherche de la vérité, tant sur le plan juridique que sur le plan éthique.

La dignité est définie par la Déclaration conciliaire Dignitatis Humanæ comme devoir et droit de rechercher la vérité. Cette définition se démarque de la plupart de ses acceptions dans le champ juridique et bioéthique souvent écartelé entre la référence aux Droits de l’homme et la dure réalité de graves situations physiques ou sociales. La conception catholique de la dignité de la personne humaine se révèle très originale dans le débat actuel sur la dignité de la personne lorsqu’elle préfère la recherche personnelle et le débat avec d’autres à l’application immédiate d’un principe général et abstrait. Les approches théologiques, loin de nous enfermer dans une particularité catholique, ont une dimension heuristique susceptible d’enrichir le débat bioéthique contemporain et peuvent même revendiquer une portée plus fondatrice de l’humain que l’universel kantien. Comme droit et devoir de rechercher la vérité, le respect de la dignité de la personne humaine peut devenir un principe clef en trois domaines : recherche du bien commun, au plan social et juridique, recherche d’un consensus, au plan communicationnel, et émergence d’un sujet, au plan individuel, puisque la « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même » (D. H. n° 1).

Notes

[41] B. Cadoré, “L’argument de la dignité humaine en éthique biomédicale” in Supplément : “Dignité humaine des souffrants”, Cerf, n° 191, décembre 1994, p. 73-98.

[42] B. Cadoré, idem, p. 84.

[43] B. Cadoré, idem, p. 85.

[44] « Certes, il est possible de faire l’évaluation de ce qui, dans l’existence d’un sujet, semble atteint de sorte que serait amputée sa qualité de vie (son autonomie physique, sa capacité de décision, son indépendance, son image de soi, son utilité sociale, sa productivité…). Chacun de ces éléments pourrait faire l’objet de la définition d’un « droit à… » (ce qui tend aujourd’hui à se multiplier) ; mais reste la nécessité de poser la question plus en amont : qu’est-ce qui fonderait en légitimité cette revendication de droits partiels ? C’est la question du fondement de la dignité, dont on voit qu’elle est posée au cœur même de l’attestation par l’un de la dignité d’autrui, mise en acte par l’un de sa dignité au moment même où il atteste de la grandeur de celle d’autrui à lui confié. » cf. B. Cadoré, idem, p. 86.

[45] B. Cadoré, idem, p. 87 : « La dignité se montre sous la figure de l’action et de la connaissance, voire de la maîtrise de la réalité qui constitue le monde des hommes ».

[46] B. Cadoré, idem, p. 88

[47] B. Cadoré, idem, p. 88.

[48] Un nouveau projet de Charte des droits fondamentaux à l’étude au niveau de l’Union Européenne devait être adoptée avant la fin de l’année 2000. Son Article premier est ainsi libellé : « La dignité de la personne humaine sera respectée et protégée dans n’importe quelle circonstance. » La question semble entendue pour la dignité, mais il est à craindre que de nouvelles restrictions apparaissent sur la notion de « personne humaine ». Cf. Site du Conseil de l’Union Européenne sur la charte

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